Session 1 – Vampire la Mascarade – Campagne JDR Solo

Homme allongé sur un lit dans une pièce sombre avec le reflet de la lune à travers la fenêtre


(N’hésitez pas à mettre un casque ou des écouteurs et à écouter les morceaux « Security Theatre » et « Suntrails » de Maenad Veyl pour vous immerger dans l’ambiance et pour vivre cette première session comme un bon film. Enjoy !)

Je vais maintenant vous narrer mon histoire, depuis le tout début. Tout a commencé cette nuit là, où je n’étais déjà plus l’homme que j’étais depuis quelques heures …

PROLOGUE – Réveil dans les ténèbres

L’obscurité. Un vide froid, silencieux, pesant. Un rêve sans fin… jusqu’à ce que quelque chose me tire brutalement de cet état.

Je me réveille en sursaut. L’air est épais, moite. Je suis allongé sur un lit miteux, dans une pièce qui ne m’est absolument pas familière.. Une faible lueur rouge filtre à travers des rideaux poussiéreux, projetant des ombres étranges sur les murs. Ma gorge brûle. Une soif insoutenable, inhumaine. Mon corps est différent : plus vif, plus fort, mais aussi comme emprisonné dans une faim insatiable.

Les souvenirs me frappent par vagues. La dernière chose dont je me souviens clairement, c’est… Jenna. Nous étions ensemble, quelque part dans une ruelle, après une de mes errances nocturnes. Puis, le trou noir.

Un bruit attire mon attention. Un grincement de porte. Une silhouette se dessine dans l’embrasure. Un homme élancé, bien habillé, avec un sourire à la fois amusé et calculateur. Ses yeux brillent d’un éclat prédateur.

« Ah… Tu es enfin réveillé, Gabriel. Bienvenue dans ta nouvelle réalité. »

Il me scrute avec curiosité, attendant une réaction de ma part.

Je finis enfin par lui répondre, une fois mon état de panique à peu près sous contrôle :

« Vous … vous connaissez mon nom ? Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous me voulez et qu’est ce que je fais ici ? »

La terreur commence de nouveau à me submerger et je pose mille questions à la seconde. Je prends ma tête dans mes mains et essaie de penser à autre chose qu’à cette faim insatiable qui commence à émerger et à me tirailler.

L’homme sourit, visiblement amusé par mon état de panique. Il s’approche lentement, ses chaussures résonnant légèrement sur le sol usé. Il s’accoude négligemment à une vieille commode, comme s’il était chez lui.

« Bien sûr que je connais ton nom. Je sais beaucoup de choses sur toi, Gabriel Lenoir. Tes œuvres inachevées, ton obsession pour la douleur et la beauté, ton isolement… Tu étais une âme fascinante, déjà à moitié morte avant même d’être transformée. »

Il marque une pause, savourant l’effet de ses paroles.

« Quant à moi, je suis celui qui t’a offert une seconde naissance. »

Il incline légèrement la tête, l’ombre de son sourire s’élargissant.

« Mon nom est Raphael Duval. Et ce que je veux ? Te voir survivre. À moins que tu préfères mourir de faim ici, seul, comme un animal en cage. »

La soif devient plus forte. Comme un feu dans la gorge. Insupportable. Je sens mes sens en train de s’éveiller, et malgré moi, je captes un détail troublant : sous l’odeur du vieux tissu et du bois humide, il y a une autre senteur dans l’air… une odeur métallique, ferreuse. Du sang. Tout proche.

Raphaël croise les bras, attendant visiblement ma réaction.

Cette soif, nouvelle en moi, m’empêche de réfléchir. Je finis par me lever et me diriger rapidement, telle une bête, vers cette odeur qui me semble être si douce et si sucrée. Ma gorge ne tient plus. Elle a besoin de ce liquide.

Je me lève et me laisse guider par cette faim insoutenable, mes pas m’amenant vers une porte entrouverte à l’autre bout de la pièce. Je ne réfléchis plus, j’en suis incapable. Mon instinct me domine.

En poussant la porte, je me retrouve dans une petite salle faiblement éclairée. L’odeur y est plus forte, enivrante. Là, attachée à une chaise, je vois une femme. Une humaine. Elle est inconsciente, sa tête baillant sur le côté. Une fine coupure sur son bras laisse perler un mince filet de sang.

Puis soudain, Raphaël apparaît derrière moi et me murmure de sa voix suave et implacable :

« Tu ressens ce besoin dévorant, n’est-ce pas ? Cette douleur dans ta gorge… Elle ne partira pas tant que tu n’auras pas bu. Vas-y. Fais-le. »

L’air est chargé de tension. D’un réflexe presque automatique, mes crocs se pressent contre mes lèvres. L’envie de plonger dans cette chair tendre me submerge. Mais une part de moi réussit toujours à lutter. Une part humaine.

Je puise dans les forces que je peux trouver en moi pour essayer de résister tant bien que mal. Mes jambes ne m’obéissent plus vraiment et avancent doucement vers ma proie. J’en profite pour jeter un regard, et savoir si je reconnais cette personne attachée sur la chaise.

Puis je me retourne vers Raphaël, implorant en faisant tout ce qui m’est possible pour me stopper. Je finis par réussir à m’arrêter mais je sens que je ne tiendrai plus très longtemps :

« Pourquoi est-ce que je suis comme ça ? Qu’est ce que vous avez fait de moi, bordel ? Et qui est cette femme ?« 

Raphaël continue à m’observer avec un mélange d’amusement et d’admiration. Il penche légèrement la tête, comme s’il testait mes limites.

« Pourquoi tu es comme ça ? Parce que tu es né une seconde fois, Gabriel. Tu es un vampire, un prédateur. La nature t’a imposé un rôle, et crois-moi… elle se moque bien de tes états d’âme. »

Je sens ma mâchoire se contracter, mes muscles trembler sous l’effort de résister. La soif est insoutenable. Ma vision se trouble par instants, et mon esprit est partagé entre l’instinct et la raison .

« Ce que j’ai fais de toi ? » Il esquisse un sourire satisfait.
« Je t’ai offert une vie meilleure. Plus forte. Plus libre. Mais comme toute liberté, elle a un prix. »

Je détourne un instant mon regard de lui et pose les yeux sur la femme attachée. Son visage est inconnu, mais quelque chose me trouble… Son parfum, léger sous l’odeur du sang. Un vague souvenir me traverse l’esprit, mais impossible de le matérialiser vraiment pour savoir de quoi il s’agit.

Raphael s’approche doucement, ses yeux brûlant d’un éclat intense.

« Elle ? Une inconnue. Une âme perdue, comme toi autrefois. Une offrande pour ton premier repas. »

Il marque une pause, puis ajoute :

« Si tu ne bois pas… tu perdras le contrôle. Et crois-moi, ce sera bien pire. »

Sa voix est calme, mais ferme. Il me teste.

Je sens que ma résistance atteint sa limite. Mon corps tremble, l’envie de plonger mes crocs dans cette peau fragile est presque irrépressible. Je le sais, je suis maintenant au bord du gouffre.

Comprenant que quoi que je fasse, je finirai par céder, je préfère prendre les devants avant que ça n’arrive. Je m’approche d’elle, la saisit et plante mes crocs dans sa gorge.

Je savoure le goût parfumé de son sang, tel un nectar qui coule en moi mais j’essaie tout de même de m’arrêter quand je sens que je vais un peu mieux, pour ne pas la tuer.

Une vague de chaleur m’envahit. Le sang s’écoule dans ma gorge, et c’est comme si un feu ardent se transformait en une extase pure. Un nectar exquis, plus savoureux que tout ce que j’ai pu connaître dans mon ancienne vie.

Pendant un instant, tout disparaît. Il n’y a plus que le goût, la pulsation du sang contre mes lèvres, l’intimité étrange de cet acte.

Mais quelque chose me ramène à la réalité.

Le battement de son cœur ralentit. Son souffle devient plus faible.

J’ouvre les yeux. Ses paupières papillonnent à peine, et sa peau, déjà pâle, commence à virer à une teinte inquiétante. J’étais sur le point de la vider de son sang. Avec un effort colossal, j’arrache ma bouche de son cou, reculant brusquement.

Ma respiration est saccadée. Mes mains tremblent.

La femme est toujours en vie, mais à peine consciente. Sa poitrine se soulève faiblement.

Derrière, Raphaël applaudit lentement.

« Pas mal. Tu as su t’arrêter… peu y parviennent à leur première fois. »

Il s’approche et incline légèrement la tête en observant la femme.

« Elle survivra. Mais elle portera cette marque toute sa vie. Peut-être se souviendra-t-elle de toi. Peut-être pas. Cela dépendra de ton avenir. »

Il se tourne à nouveau vers moi, un sourire satisfait au coin des lèvres.

« Alors, Gabriel… Comment te sens-tu ? »
Je ressens un mélange étrange. D’un côté, la faim s’est apaisée, mon esprit est plus clair. Mon corps vibre d’une force nouvelle. Mais une partie de moi ne peut ignorer ce que je viens de faire.

Lorsque je me rends compte qu’il aurait suffit de quelques secondes de plus pour la tuer, je recule rapidement de la chaise et me retrouve presque sur le point de tomber mais je me rattrape au dernier moment. Me sentant mieux, je m’essuie la bouche du sang qui a coulé à côté de mes lèvres et regarde ce sang sur mon avant-bras et ma main, l’air incrédule.

Un début de panique commence à s’emparer de moi et à ce moment là, je me vois comme un monstre, une bête sans aucune empathie.

Je relève doucement la tête vers Raphaël :

« Bizarrement je me sens beaucoup mieux … Mais qu’est devenu l’ancien moi ? Qu’est ce que je viens de faire, mon dieu ? »

Raphaël m’observe, un éclat moqueur dans les yeux, mais sans mépris. Plutôt une sorte d’amusement teinté de compréhension. Il s’approche de moi et s’accroupit légèrement, pour que nos regards soient au même niveau.

« L’ancien toi ? » Il laisse échapper un léger rire. « Il est mort cette nuit, Gabriel. Il s’est éteint quand ton cœur a cessé de battre. Mais ne sois pas trop nostalgique… Tu viens de renaître. »

Il se redresse lentement et désigne la femme inconsciente d’un geste désinvolte.

« Et ce que tu viens de faire ? Ce n’était rien d’autre que ta nature qui s’exprime. L’homme se nourrit de la chair des bêtes. Nous, nous nous nourrissons des hommes. C’est ainsi. Le nier, c’est souffrir inutilement. »

Son ton est calme, mais il y a dans sa voix un poids, une expérience qui me fait comprendre qu’il n’en est pas à sa première leçon de ce genre.

Il marque une pause, me laissant digérer ses paroles. Puis, il s’approche d’une petite table et saisit un mouchoir en tissu qu’il me tend avec élégance.

« Essuie-toi. Tu es un Toréador, pas un Nosferatu. Tu dois toujours rester présentable. »

Puis, plus sérieux, il croise les bras et me jauge.

« Maintenant que tu as bu, il est temps de parler des choses importantes. Tu es encore un nouveau-né, perdu, fragile. Si tu veux survivre, tu devras apprendre les règles de ce monde. Et surtout… »

Il s’approche et plonge son regard dans le mien, une intensité presque hypnotique dans ses pupilles.

« Tu devras découvrir pourquoi toi, Gabriel. Pourquoi as-tu été choisi ? Et qui t’a réellement transformé ? »

L’air devient plus pesant. L’ombre d’un mystère plane sur ma naissance vampirique.

Raphaël m’offre alors un choix qui sera crucial pour la suite.

« Tu peux rester avec moi et apprendre à survivre. Je peux t’introduire dans ce monde, t’aider à comprendre qui tu es devenu. Mais ce sera à mes conditions. »

« Ou alors, tu peux partir. Seul. Je ne retiens personne. Mais crois-moi, ce monde ne pardonne pas les ignorants. »

Je l’écoute, le laisse finir et je récupère le mouchoir qu’il me tend. J’essuie tout le sang qu’il me reste encore autour de la bouche.

« Ce n’est donc pas toi qui m’a fait devenir comme ça ? »

Puis, avant de répondre à sa question, je jette de nouveau un coup d’œil à la femme sur la chaise pour voir si elle respire toujours.

« J’imagine que tu peux comprendre que je ne peux pas suivre quelqu’un comme ça, sans le connaître, surtout au vu de la situation ? Est-ce que tu peux au moins te présenter, me dire qui tu es ? Car pour le moment je ne connais de toi que ton nom. »

Raphael sourit en voyant que tu reprends peu à peu le contrôle. Il s’appuie contre le mur, les bras croisés, l’air toujours aussi confiant.

« Bonne question. Non, ce n’est pas moi qui t’ai transformé. Si ça avait été le cas, je t’aurais guidé dès ton réveil. Tu n’aurais pas eu à te débattre seul avec ta soif. »

Son regard s’assombrit légèrement.

« Ce qui veut dire que celui qui t’a engendré a préféré t’abandonner. Ce qui, dans notre monde, est une faute grave. Un Sire digne de ce nom doit éduquer son Infant, l’aider à comprendre ce qu’il est devenu. Sauf si… »

Il s’arrête un instant, me scrutant attentivement, comme s’il essayait de deviner quelque chose en moi.

« Sauf si c’était volontaire. Et ça, mon cher Gabriel, c’est un mystère qu’il te faudra résoudre. »

Il m’observe jeter un regard inquiet vers la femme.

« Ne t’en fais pas, elle respire encore. Elle sera un peu faible, un peu troublée au réveil, mais elle survivra. Contrairement à toi, elle pourra oublier cette nuit. »

Il s’éloigne légèrement de la chaise et, enfin, répond à ma question.

« Qui suis-je ? Disons que je suis un… mécène. Un homme d’influence dans notre société. Mon rôle est d’aider les jeunes comme toi, du moins ceux qui en valent la peine. Les autres… Eh bien, ils disparaissent. »

Son sourire s’élargit légèrement.

« Je suis un Toréador, comme toi. Ce qui signifie que je comprends ton esprit, tes émotions. Ton lien avec l’art et la beauté. Nous sommes une élite, Gabriel. Mais nous avons aussi nos fardeaux. »

Il s’approche légèrement et baisse la voix.

« Et crois-moi, dans cette ville, il y a bien pire que moi. »

Ses mots sonnent comme une mise en garde.

« Effectivement, il faut que je comprenne pourquoi quelqu’un a décidé de me donner cette « non-vie ». Et surtout savoir qui c’est … Sans ça, je me poserai éternellement des milliers de questions. »

Je fais quelques pas vers l’autre bout de la pièce, me mets à réfléchir un peu et je reviens vers lui :

« Je pense que je n’ai pas vraiment d’autres choix que d’accepter ton aide. Il faut que je comprenne ma nouvelle nature et tout ce que ça implique. »

Raphael esquisse un sourire satisfait, comme s’il s’attendait exactement à cette réponse.

« Sage décision, Gabriel. J’aurais été déçu de te voir partir seul… surtout pour finir en cendres dans une ruelle avant l’aube. »

Il se détourne et se dirige vers une porte en bois sombre, qu’il ouvre lentement, révélant un long couloir faiblement éclairé.

« Viens, il est temps de te montrer ce qu’est vraiment notre monde. »

Je jette un dernier regard vers la femme attachée. Une part de moi se demande ce qu’il adviendra d’elle. Mais il est trop tard pour revenir en arrière.

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